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INTERVIEW EXCLUSIVE MADANI M. TALL

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Madani Tall

Afrique Tennis Mag : Avant toute chose, merci infiniment pour l’honneur que vous nous faites de nous accueillir.  Vous êtes d’origine malienne, avez fait une partie de vos études aux USA et vivez au Sénégal après avoir parcouru le monde en long et en large en tant que Directeur des Opérations à la Banque Mondiale. Pourquoi le choix du Sénégal pour installer vos activités ?

Madani M. Tall : Merci à vous de me donner l’opportunité d’échanger avec Afrique Tennis Mag. Le Sénégal est un pays accueillant, et attachant. Il y fait bon vivre et on s’y sent en sécurité. C’est aussi un pays ou l’initiative privée est par ailleurs très encouragée par les autorités.

On sait que l’Afrique vous passionne et que vous voulez le meilleur pour ce continent. D’après vous, comment l’Afrique peut-elle exploiter ses immenses potentialités pour son développement ?

On entend et on lit souvent que l’Afrique est le continent de demain. Je le crois sincèrement. Je pense que d’ores et déjà, il faut fructifier tout le potentiel de ce continent. L’Afrique est riche de sa jeunesse, de ses ressources naturelles, de ses hommes et femmes extrêmement entreprenants. Je pense qu’un nouveau type de leadership, plus exigeant en matière de gouvernance, porté par les jeunes, futurs cadres et entrepreneurs de demain, permettra à l’Afrique de prendre toute sa place dans un monde qui devient de plus en plus difficile et concurrentiel.

Quel rôle le sport peut-il jouer dans ce processus ?

Le marché du Sport génère environ 2% du PIB mondial, soit près de 1200 milliards de dollars. Pourtant en Afrique, les opportunités immenses existent mais sont mal exploitées. Dans beaucoup de pays, le sport reste le parent pauvre des politiques publiques et des investissements. C’est un paradoxe. La population du continent est très jeune ; et des centaines de millions de jeunes s’adonnent au sport de façon régulière. Par ailleurs, une classe moyenne, disposant de revenus conséquent, désireuse de pratiquer divers sports et loisirs, ne trouve en face d’elle que très peu d’infrastructures de qualité. Je vous donne juste un exemple ; en Afrique on compte une piste d’athlétisme pour 560,000 habitants ou une piscine olympique pour 2,350,000 habitants….

“ On entend et on lit souvent que l’Afrique est le continent de demain. Je le crois sincèrement “

ATM : Les africains possèdent, en général, des qualités athlétiques exceptionnelles. Pourtant le continent peine à produire des sportifs de haut niveau. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Je serais un peu plus nuancé que vous. L’Afrique a produit par le passé et continue de le faire des athlètes de classe mondiale. Il n’y a qu’à regarder par exemple le nombre de footballeurs professionnels africains dans les plus grands championnats Européens ou le nombre de Basketteurs d’origine africaine en NBA qui devient de plus en plus important. Je ne parle même pas de grands athlètes médaillés aux Jeux Olympiques ou de spécialistes de combats et des arts martiaux champions du monde dans plusieurs catégories. Toutefois, on doit reconnaitre que dans certains sports, pour lesquels la qualité des infrastructures est un prérequis, il est difficile d’intéresser les jeunes ou de développer des athlètes qui seraient compétitifs à l’échelle mondiale. Par ailleurs, au-delà des infrastructures, il faut noter que la faiblesse de l’encadrement, le peu de moyens pour la formation et le manque de moyens financiers ont forcément un impact négatif sur le développement de la pratique sportive.

On dit souvent que l’industrie du sport est vectrice de croissance économique et créatrice d’emplois. Pourtant c’est loin d’être le cas en Afrique…enfin pour le moment. Avez-vous une explication ?

Je pense en effet que bien planifiée et encouragée par les pouvoirs publics, l’industrie du sport pourrait être un vecteur de croissance avec des effets multiplicateurs sur plusieurs domaines : la création d’emplois pour les jeunes notamment, le tourisme, le commerce, les services, le transport, la culture, etc. Certains pays comme le Sénégal, la Côte D’Ivoire, le Maroc, et le Kenya par exemple, renforcent depuis quelques années leurs politiques sportives et investissent des montants importants pour renforcer leurs infrastructures sportives et accompagner les différentes fédérations sportives dans le développement de jeunes talents.

Vous êtes sur le point de sortir de terre un des plus beaux complexes sportifs de haut niveau d’Afrique. Pouvez-vous nous parler de ce beau projet novateur ?

Nous sommes au tout début de la réalisation du Projet Dakar-Diamniadio Sports City (DDSC) qui verra le jour en juillet 2021 si tout se passe bien. En effet c’est un projet ambitieux qui cherche à répondre aux exigences du sport de haut niveau et en même temps aux besoins des sportifs amateurs de tous âges et de tous horizons. Le projet comportera un hôtel qui sera géré par un opérateur de renom : Sheraton du Groupe Marriott BONVOY. Par ailleurs, il regroupera l’ensemble des infrastructures sportives que l’on peut espérer sur un même site. C’est-à-dire, des terrains de foot, basket, handball, volleyball, une piscine olympique, des salles pour fitness (individuel et en groupe), des salles pour les sports de combat, une galerie marchande, un espace bien-être, un Club House, un centre médico-sportif des cours de tennis, des salles de jeux pour enfants, des parcours sportifs, et une résidence sportive pour les jeunes stagiaires ou les équipes universitaires, etc.

“ L’avènement des Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2022 au Sénégal est une grande fierté pour le Sénégal et pour l’Afrique. “

Quels types de prestations fournira-t-il ?

DDSC pourra non seulement accueillir des équipes professionnelles pour des stages ou des regroupements avant les compétitions, mais aussi des sportifs individuels et des amateurs. Le complexe disposera aussi de toute une palette d’offres de services sportifs et de loisirs pour les familles, les étudiants et les salariés vivant dans la grande agglomération de Dakar. En particulier, le sport scolaire et universitaire occupera également une place centrale dans l’offre de services du complexe qui souhaite développer un partenariat stratégique avec l’ensemble des instituts, écoles et universités installés au niveau de Diamniadio. Enfin, DDSC tentera de développer des sports encore peu pratiqués au Sénégal comme le Futsal, le Badminton, le Sambo, le Squash, en mettant à disposition des infrastructures et des équipements de qualité.

Donc plus besoin pour les sportifs africains de haut niveau de partir à l’international pour s’entrainer avant une compétition ?

(Rires) Pas que les sportifs africains. On espère aussi attirer les sportifs européens qui aujourd’hui regardent plutôt vers des destinations plus lointaines pour leur préparation faute d’infrastructure de qualité ici sur le continent. Je signale que Dakar est à 5 heures de vol de Paris. Le climat y est favorable 10 mois sur 12 mais surtout lorsqu’il fait très froid en Europe. Notre souhait est donc que de plus en plus d’équipes ou de sportifs de haut niveau regarde vers le Sénégal et DDSC en particulier. Cela, afin de bien choisir leur lieu de préparation avant d’entamer le championnat ou les compétitions internationales.

Le Sénégal a été choisi comme pays hôte par le CIO pour abriter, en 2022, les Jeux Olympiques de la jeunesse, une première en Afrique. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

L’avènement des Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2022 au Sénégal est une grande fierté pour le Sénégal et pour l’Afrique. C’est la première fois de l’histoire que ces jeux se tiendront en Afrique. Je pense que le Sénégal se prépare bien et sera à la hauteur de l’évènement.

L’Afrique serait-elle enfin prête à accueillir de grandes compétitions internationales ou est-ce un coup d’épée dans l’eau ?

L’Afrique a déjà accueilli de grandes compétitions y compris des coupes du monde de football, de rugby et beaucoup de compétitions jeunes dans plusieurs disciplines. Je voudrais juste dire que les investissements récents au Sénégal (DAKAR Arena, L’ARENE Nationale) et à venir (Stade Olympique de 50,000 places, DDSC, etc.) ne feront que renforcer le positionnement du Sénégal comme destination sportive et touristique de premier choix dans les années à venir.

La construction de votre “complexe sportif de haut niveau“ à Diamniadio tombe à pic avec la tenue des jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar. Allez-vous abriter certaines épreuves sportives ? si oui lesquelles ?

Nous le souhaitons et nous sommes tout à fait disposés à mettre à disposition nos infrastructures si cela s’avère nécessaire. Depuis la phase de conception du projet, nous sommes en contact avec les autorités sénégalaises et les responsables du Comité National Olympique et Sportif Sénégalais (CNOSS) avec lequel nous avons d’ailleurs signé une convention de partenariat. Au-delà des JOJ 2022, notre ambition est de développer un partenariat durable et mutuellement bénéfique avec l’ensemble des comités olympiques et fédérations africaines.

Vous étiez à Roland-Garros pour les internationaux de France 2019. Que pensez-vous de ce tournoi ?

Roland Garros est un des quatre tournois du Grand Chelem. C’est un tournoi référence pour le monde du tennis. A ce titre, j’étais très fier et très reconnaissant de recevoir une invitation de M. Bernard Giudicelli, Président de la Fédération Française de Tennis. J’ai pu voir quelques matchs dont un de la grande championne Serena Williams. Je suis admiratif de son talent et de sa combativité. Je suis toujours ébahi devant sa férocité sur un court de tennis qui tranche avec sa gentillesse et sa douceur en dehors des terrains.

Rêvez-vous d’un Roland-Garros en Afrique, au Sénégal en particulier ? Avez-vous déjà des visées ?

Pourquoi pas ? Je crois savoir que la Fédération Française de Tennis et la Francophonie du Tennis que dirige M. Daniel Chausse vont, en partenariat avec la Fédération Sénégalaise de Tennis et le Président Issa Mboup, lancer un projet d’académie qui portera le nom « Académie Roland-Garros ». C’est un début. Des jeunes y seront formés avec l’espoir qu’un grand champion y sortira un jour. Qui sait ; peut être que bientôt on pourra acclamer un jeune sénégalais ou une jeune sénégalaise à Roland-Garros. Et puisque l’espoir fait vivre, pourquoi pas lors d’un grand tournoi qui pourrait être organisé dans quelques années ici au Sénégal.

Quelle place occupera le tennis dans votre complexe sportif « Dakar Diamniadio Sports City » (DDSC) ?

DDSC se veut un complexe multisports. Le Tennis y trouvera toute sa place. Nous allons d’ailleurs mutualiser nos efforts avec ceux de la Fédération Sénégalaise de Tennis et ceux de la prochaine Académie Roland-Garros à Dakar pour accélérer le développement du tennis au Sénégal.

En conclusion, quels conseils auriez-vous à donner à tous ces jeunes africains qui rêvent d’une vie meilleure ?

Je ne veux pas paraitre prétentieux en préconisant des solutions toutes faites. Il y a quand même des principes incontournables : le travail, le sérieux et la culture de l’excellence dans tout ce que l’on entreprend. Quel que soit l’orientation que l’on prend ou le chemin professionnel que l’on choisit, sans ces ingrédients, il est difficile de réussir.

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