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Interview de Jean Couvercelle, fondateur de Tennis Magazine

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Vous êtes une légende littéraire du tennis et avez consacré une grande partie de votre vie à ce sport. Que vous inspire ‘tant‘ cette discipline ? Ou comment êtes vous tombé dans la marmite du tennis ?

Tout d’abord, vous me faites trop d’honneur… J’espère surtout avoir communiqué et transmis l’amour de ce sport aux centaines de milliers de lecteurs de toutes générations qui ont partagé mon plaisir et mes émotions, et celles des équipes qui m’ont accompagné au fil de plus de 40 années passées au bord des courts du monde entier et dans la réalisation mois après mois de 475 numéros.  Le tennis est un sport qui est plus que beaucoup d’autres une école de la vie, avec ses hauts et ses bas, par la magie d’un score qui peut tout remettre en question, et inverser le cours des choses tant que la balle de match n’est pas jouée. Un sport qui exige technique, physique, mental, stratégie, maîtrise de soi et des éléments extérieurs. Un face à face où les personnalités se révèlent dans leur réalité. Le tennis est ainsi aussi un formidable spectacle, avec des champions et championnes aux styles et aux comportements le plus souvent différents. Avec des rendez vous au sommet que tout le monde connaît et attend avec impatience: les tournois du Grand Chelem. Personnellement, j’ai commencé à jouer régulièrement assez tard, même si je m’intéressais à tous les sports depuis toujours, et je suis monté en deuxième série assez vite. Mais je travaillais déjà, et n’avais pas trop le temps de faire des tournois. Cela dit, je n’ai jamais cessé de jouer, et j’ai gagné une dizaine de fois le titre de champion de France des journalistes. A Roland Garros, s’il vous plaît…

Vous avez eu l’honneur de côtoyer les plus grands champions de tennis depuis les années 70. Lequel est le plus charismatique, celui qui a le plus révolutionné ce sport ?

J’ai déjà évoqué Borg, le plus charismatique, et la première star. A sa façon, il a révolutionné un sport car c’était un athlète exceptionnel, et il a donné au tennis une nouvelle dimension avec sa couverture de terrain, son lift jusqu’alors jamais aussi important, son revers à deux mains également lifté, son allure, et sa froideur apparente. Il était  comme imperméable à tout ce qui pouvait arriver au cours d’un match. Avant lui, il y avait eu les fameux Australiens Laver et Rosewall, et avec lui Connors et surtout McEnroe, son parfait négatif. Et puis bien sûr Yannick Noah, découvert au Cameroun par Arthur Ashe, une magnifique histoire et un triomphe à Roland Garros en 1983, le dernier en date pour un Français. A propos de charisme, on ne peut guère faire mieux… Il y a eu aussi Chris Evert et Martina Navratilova. Et bien d’autres depuis que j’ai tous et toutes admirés, jusqu’à cet incroyable  Big three, Federer, Nadal et Djokovic, et côté féminin les sœurs Williams. Mais la plus grande révolution, c’est sûrement celle des raquettes et du cordage, qui permettent de jouer avec un intensité inatteignable hier…

En tant que grand connaisseur, comment expliquez vous le manque de joueurs africains au plus haut niveau mondial ?

Les athlètes africains ont fait leurs preuves dans bien des disciplines, et sont extrêmement présents, notamment en football et en athlétisme, et le haut niveau, les Africains connaissent, ce n’est pas un problème pour eux! Le frein, à mon avis, c’est que le tennis est jusque là un sport pas accessible au plus grand nombre, et donc relativement peu répandu en Afrique. Ne serait ce que par un manque d’équipements qui interdit à beaucoup de goûter au tennis. Il y a eu cependant quelques bons joueurs, certes pas encore au plus haut niveau, qui ne peut être atteint que par un joueur exceptionnel, qui peut surgir partout dans le monde, même dans un contexte défavorable. Mais par définition, c’est rarissime. Pour avoir plus de chances de trouver des joueurs et joueuses d‘un haut niveau, disons dans les 100 premiers mondiaux, il faut arriver à constituer un réservoir important de jeunes dans différents pays africains et les regrouper ensuite dans une ou des académies pour susciter une émulation et les pousser à progresser encore et toujours. Mais le parcours de Sada Nahimana, comme celui de Yaya Doumbia ou Odizor jadis, prouve malgré tout que celui qui porte en lui cette volonté peut aller très loin… même s’il reste un long chemin pour Sada, bien sûr…

Il y a bien longtemps, Tennis Magazine publiait un excellent article sur le tennis africain. 40 ans après, quel constat faites vous ?

Effectivement, j’avais voulu à l’époque que tennis magazine fasse un état des lieux, pour essayer de dessiner un avenir au tennis africain. Nous avions rencontré des gens passionnés, mais déjà nous avions constaté un déficit d’équipements qui limitait les possibilités de développement. Il y avait des projets, mais je ne suis pas sûr qu’ils aient été réalisés. Cela dépend trop souvent de la volonté d’un homme ici, d’un autre là, des passionnés qui peuvent se décourager ou ne plus être en état de faire avancer les choses.

Intégralité de l’interview de Jean Couvercelle à retrouver très prochainement dans le nouveau numéro d’Africa Tennis Mag.

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